• Frédérique DUPIN

Hommage à la vie rurale: Georgette



Cette semaine ma grand mère Georgette est décédée dans son grand âge. J'ai écris pour elle un texte de gratitude pour le très grand cadeau qu'elle m'a fait en m'initiant à la vie rurale. Ce texte a ému beaucoup des personnes présentes et finalement j'ai envie de le partager avec vous tous et plus particulièrement à tous ceux qui portent la nature dans leur coeur , la partagent et la défendent:

A mon père , à Hélène et Charles Fréger mes amis d'enfance qui défendent les agriculteurs , les éleveurs, les paysans ; à mon cousin Amaury qui a repris courageusement la ferme familiale ; à Elise Mareuil fondatrice des crèches AGAPI qui place la nature au centre de son projet écologique; aux initiatives sur le terrain de celles et ceux qui laissent les enfants plonger leurs mains dans la terre, jouer avec l'eau , mettre bottes et cirés par tous les temps ; à Jacques Moueza maître de CM2 de ma fille qui lui a appris le bouturage et autres expériences de jardinage sur la terrasse de l'école; aux enseignantes de maternelle du "SPA Patouille " qui élèvent des cochons d'Inde et font naître des poussins pour sensibiliser les petits au cycle de la vie; à la Hulotte (le journal le plus lu dans les terriers), aux Suedois qui laissent les bébés dormir dans leur poussette même en plein hiver,A Kazuo Iwamura et ses si touchantes histoires naturelles, à Agnes Varda la glaneuse, aux forestschools, à Sophie Marinapoulos, à l'OMS, à Sylviane Giampino , à tous les acteurs de l'enfance et de la petite enfance qui ont compris qu'une bonne santé psychique passe d'abord et avant tout par: l'exploration, l'observation du vivant, des végétaux, des animaux , des minéraux et qui n'hésitent pas à sortir dès que c'est possible,sans crainte des rhumes, des coups de froid, des coups de soleil, des chauds et froids, du qu'en dira-t-on, des "il s'est sali!" .

Aux enfants qui bravent les interdits des adultes pour co-naître avec la nature : qui avec leur loupe, leur seau, leur rateau jouent avec la nature, arrachent les feuilles des arbres, tirent sur les brins d'herbe, font tomber les nids, arrachent les queues des lézards, tombent dans les orties, se battent avec des branches, grimpent aux arbres, lancent la mousse, écrasent le lichen , trouent et tâchent leurs vêtements . A tous ces amoureux j'offre mon texte!

"Les souvenirs que je garde de mamie sont liés à la nature, la terre et les végétaux.

La nature était sa vie. C’est quelque chose qui m’est restée l’émerveillement du renouveau de la nature, l’intérêt pour ce qui était là avant moi et qui le sera après. Le fruit qui devient un arbre qui redevient un fruit qui redevient un arbre. Et quelque part cet émerveillement de la nature c’est à elle que je le dois.

Avec mémé c’est le grand chemin, la gloire de mon père, le château de mon père, Jeannot lapin qui s’éloignent, toute une génération de vivants avec la nature, de respectueux de la nature.

Combien de fois, elle m’a raconté le travail des champs avant la mécanisation, j’ai retrouvé récemment une photo d’elle avec au bout de sa fourche du foin sur le chemin qui mène de sa maison à celle de papa et de Catherine.

Je demandais à julien un souvenir lié à mamie et il me dit sans hésiter : ce jour où elle surgit de nulle part avec son ombrelle en pleine moisson au beau milieu du champ de blé, on aurait dit une héroïne de Myazaki !

Pendant la moisson, elle soupesait les sacs de blés, elle humait la poussière du silo, elle surgissait parfois de nulle part pour m’aider à faire ma marche arrière avec le tracteur et la benne. Elle parlait humidité et rendement.

Je me souviens d’un matin où en ouvrant les volets après une soirée festive , j’eus la surprise de la voir déculotter un lapin et lui crever les yeux sans état d’âme dans la cour, pour elle c’était naturel ,pour moi c’était hallucinant…

Un cycle de vie humaine s’achève en même temps qu’un retour à l’écologie et de retour à la terre est en train de se développer.

Pour nos anciens il était normal de boire du jus de fruit fait maison dans des bouteilles en verre, (mamie faisait des jus de framboise et de fraise à tomber parterre),il était normal de produire soi même ses conserves ses confitures, de garder jalousement dans les tiroirs de sa cuisine : des élastiques, des bouchons, des bouts de ficelle… on ne gâchait pas lorsque l’on avait connu les privations de la guerre.

Mamie était une glaneuse, même les toutes petites pommes de terre étaient bonnes à manger rissolées dans du beurre et je l’ai vue parfois cueillir les pissenlits et les orties pour en faire des soupes. Il y a 30 ans c’était incongru et aujourd’hui c’est très tendance !

Dans le placard de l’entrée il y avait des herbes sèches stockées dans des bocaux en verre ou les boîtes en plastique de croissants. Elle utilisait ces herbes sèches pour les tisanes pour faire circuler le sang, et éloigner les varices.

C’est l’été que mamie jouait le premier rôle dans son théâtre de verdure partagé entre : le potager, la pelouse, les arbres fruitiers.

Pendant les vacances scolaires d’été c’était toujours le même rituel.

Prendre le chemin de la ferme à sa maison ,goûter le silence de la plaine pousser la petite porte en fer qui couine et faire le tour du jardin.

Elle prenait un plaisir immense de cette visite où elle me nommait les fleurs une par une, certaines avaient de petites étiquettes leur nom était en latin , elle me faisait sentir les roses , les jaunes, les blanches, les rouges .

Il était question de tel arbuste qui a bien donné, de tel autre qui ne donnait rien, des pieds de haricots verts qui avaient bien rendu, d’une belle tomate juteuse mangée sur place qui dégoulinait sur le menton.

Elle avait la main verte. Elle greffait un arbre, elle faisait des semis de radis et des boutures dans des bacs de polystyrènes, tout poussait: ses mains vertes , elle se les savonnait à l’eau de javel pour éviter le tétanos après les morsures des roses.

La discussion était également animale et concernait son combat contre ses ennemis :

les pucerons qu’il fallait éloigner avec du marc de café, ces pestes de fourmis, les coccinelles et, les taupes dont elle me montrait désespérée les mottes de terre sur son gazon, l’épouvantail contre les merles et surtout les aoutats qui laissaient des traces rouges et que seuls le vinaigre ou le synthol soulageaient.

Tout en parlant des acteurs de son royaume, elle arrachait telle mauvaise herbe, redressait un tuteur mal planté ce qui faisait qu’à 80 ans, elle était encore musclée et en pleine forme.

Lorsque la nuit tombait et que les étoiles apparaissaient,nous rentrions grignoter quelques fraises ou framboises et puis nous regardions les jeux d’ Interville ou Louis de Funes !

Parfois je dormais chez elle sous les tableaux sévères des ancêtres, un homme et une femme lui a moustache, elle corsetée dans une robe à boutons de nacre , raides et elle me parlait de la grande guerre, des frères qui n’étaient pas revenus et de son internat.

Ou alors nous rentrions en chantant : « sur le pont du nord un bal y est donné » bras dessus bras dessous au milieu des herbes folles.


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